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  De tous temps des échouages de grands cétacés ont eu lieu sur les côtes de Corse et les articles de presse les relatant ainsi que les éventuelles photographies d'époque sont très rares. Nous avons pu entrer en possession, grace à Bernard BIANCARELLI, d'un article de presse original datant de 1908 représentant un rorqual commun (balaenoptera physalus) de taille moyenne, ou un petit rorqual (balaenoptera acutorostrata) r
are en Méditerranée, échoué d'après le commentaire  du photographe, aux environs d'AJACCIO.

La revue qui a édité ces photographies est aujourd'hui inconnue, la recherche concernant leur provenance est en cours.



   Après expertise des photographies, de nombreuses constatations suscitent des interrogations et nous permettent de formuler plusieurs hypothèses  concernant la cause de la mort de l'animal. Certaines d'entre elles peuvent être considérées comme surprenantes mais toutefois plausibles.

NOS CONSTATATIONS, REFLEXIONS ET SUPPOSITIONS

   Plusieurs constatations préliminaires permettent d'étayer certaines des hypothèses argumentées ci-dessous.
Le site de l'échouage se situe entre l'anse de Minaccia et le Capo di Feno à l'ouest d'Ajaccio et au nord des iles Sanguinaires.

Cette zone fait partie des sites remarquables permettant de nombreuses observations de Rorquals communs à proximité des côtes,
elle est aussi sur la route directe des navires remontant de Bonifacio, de Propriano, d'Ajaccio et de Sardaigne vers Nice, Marseille, Toulon ou Genes.

QUATRE CAUSES PROBABLES DE LA MORT DE L'ANIMAL SONT ENVISAGEABLES:
 
    1/  La mort due à une cause naturelle.
   2/  La mort suite à une collision avec un grand navire.
   3/  La mort suite à l'attaque de prédateurs.
   4/  La mort due à la chasse baleinière.



1/ La mort due à une cause naturelle (maladie ou vieillesse).
   Si l'animal appartient à l'espèce BALAENOPTERA PHYSALUS (Rorqual commun), celui-ci n'a pas atteint sa taille adulte qui avoisine normalement les 25 mètres. Estimé à 13 mètres, il est assurement décédé suite à une maladie.
La cause naturelle de la mort du spécimen est la première qui vienne à l'esprit et la plus logique. Toutefois, les considérations exposées dans les chapitres suivants permettent de nuancer cette quasi certitude.


2/  La mort suite à une collision avec un grand navire.
   Malgré le fait que la plupart des navires de l'époque aient été des voiliers ou des navires à vapeur relativement lents, des collisions ont pu entrainer la mort de nombreux grands cétacés. De tous temps, de nombreux recits de navigateurs ont fait état  de collisions parfois violentes avec des baleines ou des cachalots.

   Le Rorqual retrouvé échoué en Italie en 1896 dont le squelette est exposé au Musée Océanographique de Monaco en est une preuve flagrante. Il présente des marque de fractures de vertèbres ainsi que de plusieurs côtes qui se sont ressoudées naturellement.
Seul un grand navire a pu occasioner une blessure d'une telle gravité qui n'a, dans ce cas précis, pas entrainé la mort de l'animal.

P1010069.JPG
Credit photo: Pascal MAYOL, souffleurs d'écume.


3/
La mort due à l'attaque de prédateurs.
Sur la première photographie, on distingue nettement l'os de la machoire supérieure dépassant à nu de la carcasse.
Le fait que l'ensemble de l'animal paraisse relativement intact et que seule la machoire soit en partie abimée permet d'envisager la possibilité que le rorqual ait été attaqué par son seul prédateur connu: l'Orque Epaulard. Celui-ci est réputé présent régulièrement en Mediterranée occidentale, nous en avons nous même observés à deux reprises.
Il est regulierement constaté (surtout envers les baleines grises du pacifique), que ces animaux se contentent, après avoir tué leur proie, d'en dévorer les machoires afin d'avoir accès à la langue qui a leur préférence, dedaignant le reste du cadavre.
Nous relatons dans notre livre CORSICA MARE, une légende grecque antique qui fait état, apparement, de l'attaque d'un Rorqual Commun par des "Dauphins de très grande taille" dans les eaux Corses. Ces "Dauphins de très gande taille" ne peuvent qu'être des Orques.
Cette hypothèse, aussi surprenante soit-elle, ne peut être exclue.


4/  La mort due à la chasse baleinière.
Hypothèse  selon laquelle la chasse baleinière opportuniste a pu être pratiquée en Corse jusqu'au XXème
siècle.

CONSIDERATIONS SUITE A L'EXPERTISE EN DETAIL DE LA PHOTOGRAPHIE.

   On peut remarquer sur le cliché du haut que les personnages présents sont aussi bien des citadins d'Ajaccio que des pêcheurs, une barque étant visible en arrière plan.
  
  Si ce rorqual s'etait échoué àprès être mort d'une des causes enumérées ci-dessus:
le temps que le cadavre de l'animal dérive en mer suivant les courants et soit rejeté sur le rivage,
  que ce cadavre ait été  découvert par un paysan ou un pêcheur (le site n'étant ni habité ni particulièrement fréquenté et difficile d'accès), que les Ajacciens soient prévenus et qu'ils puissent se rendre sur place (la ville est distante par un chemin muletier d'une quinzaine de kilomètres), que les équarrisseurs transportent sur site les planches visibles ainsi que leur matériel de dépeçage, il est probable que le delai entre la mort du rorqual et l'arrivée sur site du public ait été de plusieurs jours.
  Deux détails nous indiquent de même clairement que les photographies ont été réalisées à au moins une journée d'intervalle, en fin de soirée pour la première et en milieu de journée, sûrement du lendemain, pour la deuxième, affirmations confirmées par le sens de la dérive due à la brise de terre ou de mer de la barque et les ombres des personnages.
 
  En règle générale, un animal en état de putréfaction apparait gonflé par les gaz deux ou trois jours après sa mort, ce qui n'est apparement pas le cas de celui-ci. De même, le dépecage présenté sur le cliché du bas indique clairement son état de relative fraicheur.

  Bien qu'il n'ait jamais été fait mention, à notre connaissance, d'une quelconque activité de chasse baleinière en Corse, (
les grands dauphins ont toutefois été chassés à certaines périodes sur quelques sites au même titre que les poissons), vu son état de fraicheur apparent, la possibilité que ce rorqual ait été pêché reste néanmoins envisageable.

  Un témoin digne de confiance nous a assuré dernièrement avoir aperçu dans l'arrière salle d'un local de la vieille ville portuaire génoise, depuis 500 ans habitée par les pêcheurs Ajacciens, un ancien harpon qui, vu sa taille, ne saurait être déstiné qu'à de très gros animaux. Cet outil a toutefois pu être importé en tant que souvenir ou avoir servi pour la chasse du Tursiops Truncatus.

  La taille de l'animal est difficilement appréciable mais il semble, si il s'agit d'un rorqual commun, qu'il n'ait pas encore atteint sa taille adulte (nous l'avons éstimé à environ 13 mètres). Il est de ce fait envisageable que les hommes aient pu chasser un spécimen à la mesure de leurs moyens de l'époque.

  Capo di Feno fait partie des sites remarquables permettant de nombreuses observations de rorquals communs à proximité des côtes, ce qui pourait être un argument supplementaire confortant notre hypothèse.

  Toutes ces considérations nous amènent à penser qu'il est donc possible que la chasse baleinière occasionelle et opportuniste ait été pratiquée en Corse jusqu'au XXème siècle. Cette hypothèse est, a notre avis, à privilegier, étant la plus plausible.

  Questions annexes:

- Qu'est-il advenu d'une telle quantité de viande à laquelle la population Corse n'etait apparement
  pas habituée
?
- A t'elle été vendue ou partagée en tant que nourriture ?
- Seule la graisse a t'elle été conservée ? pour quel usage ?
- Les fanons ont apparement aussi été récupérés, la machoire supérieure ayant été visiblement
  dépecée. A
quel usage ont-ils pu être déstinés ?   
- Quelle a pu être la méthode de pêche, à cette époque en Corse, qui a permis l'éventuelle capture
  d'un tel animal  ?

   Des contacts ont été établis avec d'anciens pêcheurs qui ont pu connaitre, ou à qui auraient pu être relatées oralement, certaines techniques ancestrales de chasse baleinière.
Les pêcheurs Ajacciens éxerçant traditionnellement leur métier de pères en fils, nous avons de bonnes chances de disposer de plus d'informations prochainement.

   Il parait toutefois certain que, quelle que soit l'origine de la mort de la baleine, on savait, il y a plus d'un siècle à Ajaccio, comment utiliser au mieux une carcasse de grand cétacé.



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